Accord de gouvernement bruxellois : quelles avancées pour les piéton·ne·s ?
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La déclaration de politique générale régionale contient plusieurs mesures concernant les piéton·ne·s, mais leur portée et leur concrétisation restent à préciser.
Points positifs
1. Renforcement du principe STOP et vision « zéro tué et zéro blessé grave »
Le principe STOP, qui accorde la priorité absolue aux piétons, est confirmé et renforcé. Walk.Brussels salue cette décision, tout en insistant sur la nécessité d’en clarifier la définition et d’en encadrer davantage la mise en œuvre. La vision « zéro tué et zéro blessé grave » est également réaffirmée, ce qui est essentiel pour la sécurité des usagers vulnérables. Ce plan permet d’améliorer la sécurité routière pour toutes et tous.
2. Projet de tram à Tour & Taxis et magistrale piétonne
Le projet de tram à Tour & Taxis est confirmé. Dans le plan d'espace public présenté l’année dernière, la création d’une magistrale piétonne était prévue. Cette initiative, si elle est bien menée, pourrait améliorer significativement la qualité de l’espace public pour les piéton·ne·s dans le quartier nord. Il ne resterait alors plus qu’à transformer la rue du Progrès pour connecter l’hypercentre et obtenir enfin la première magistrale piétonne complète.
3. Création d’un statut de zone LISA
Un statut de zone LISA (Light and Safe) sera mis en place pour limiter l’accès des véhicules les plus lourds. L’augmentation constante de la masse des véhicules représente un vrai problème pour les piéton·ne·s : débordement sur les trottoirs en cas de stationnement, dangerosité accrue et masque de visibilité. Cette mesure constitue un premier pas vers une gestion plus durable de l’espace public.
4. Enveloppe de 40 millions d’euros pour les grands projets
Bien que l’accord reste vague sur les projets à mettre en œuvre (alors que beaucoup sont actuellement en attente), une enveloppe de 40 millions d’euros annuels est prévue pour l’amélioration des voiries et de l’espace public. Voici un exemple concret où il faudra veiller à l’application du principe STOP (ou plutôt STOMP).
5. Évaluation du plan Good Move et nouvelle édition en 2030
L’évaluation du plan régional de mobilité Good Move est confirmée, et un nouveau plan sera proposé en 2030. Ce plan complet comprend 50 actions ainsi qu’un volet réglementaire, ce qui contraste avec la vision simpliste qui en est souvent donnée. L’annonce de cette évaluation ne représente pas une nouveauté, puisqu’elle était déjà prévue dans le calendrier initial. Elle confirme une fois de plus la tendance à mettre en avant la communication plutôt que le contenu concret des mesures.
On peut cependant se réjouir de l’accent mis sur les quartiers scolaires, qui concentrent de nombreux déplacements à pied. Cet accent doit désormais se traduire par des actions concrètes. À titre d’exemple, à Paris, de nombreuses rues scolaires ont été aménagées, permettant une réelle réappropriation de l’espace public par les usagers.
6. Deuxième journée sans voiture
Une deuxième journée sans voiture sera organisée. Ces événements permettent aux enfants et aux habitants de s’approprier l’espace public, rappelant l’importance de le rendre plus accessible au quotidien.
Points de vigilance et lacunes
1. LEZ : baisse des amendes plutôt qu’adaptation sociale ?
La Low Emission Zone (LEZ) est maintenue, mais les amendes seront réduites. Le maintien de la zone basse émission est essentiel pour garantir une meilleure qualité de l’air, en particulier pour les enfants, qui sont beaucoup plus exposés aux polluants. Walk.Brussels regrette que, plutôt que de choisir une baisse généralisée des amendes (qui profite surtout aux plus nantis), cette mesure ne s’accompagne pas d’une différenciation selon les statuts socio-économiques (par exemple, pour les bénéficiaires du BIM). Cela aurait permis une meilleure équité sociale.
2. Réforme administrative : complexité et risque de perte de la consultation citoyenne ?
Une grande réforme administrative est annoncée, avec la création d’une société anonyme de droit public pour les infrastructures urbaines. Plusieurs services seront donc regroupés. À Bruxelles, certaines compétences sont en effet trop éclatées entre différentes administrations. Mais ce genre de grand chantier présente également des risques. Il sera notamment essentiel de veiller à ce que le volet consultatif, notamment avec les associations travaillant sur l’accessibilité de l’espace public, ne soit pas marginalisé.
3. Réforme de l’urbanisme : quelles conséquences pour les piétons ?
La réforme du règlement régional d’urbanisme (RRU) et du plan régional d’affectation du sol (PRAS) est confirmée. Ces deux outils sont devenus trop anciens, et le précédent gouvernement a trop tardé à les actualiser. Le premier définit comment on peut construire l’espace public (et privé), et le second définit où l’on peut construire. Ces changements auront un impact majeur sur la place des piéton·ne·s en ville. Leur orientation devra être attentivement suivie pour garantir qu’ils favorisent une ville plus marchable et inclusive.
4. Rénovation urbaine : quelles ambitions ?
Les outils de rénovation urbaine sont essentiels pour les communes. Face au manque de moyens, ces financements régionaux permettent d’améliorer l’espace public pour les piéton·ne·s. Ces dernières années, une multitude de politiques de rénovation s’étaient superposées. Une simplification aura donc lieu en se limitant aux contrats de quartier (CQD) et aux contrats de rénovation urbaine (CRU). Il faudra également voir quel est le niveau d’ambition de la politique de rénovation urbaine.
5. Investissement dans les tunnels et fluidité : quelle répartition des coûts ?
Un nouvel investissement dans les tunnels est prévu. On sait pourtant à quel point ces grandes infrastructures urbaines représentent un gouffre financier, alors que certaines fluidifient à peine le trafic. Une étude a été réalisée à ce sujet, qui quantifiait les coûts et les impacts en termes de fluidité. Plutôt que de rééquilibrer les investissements (la marche est sous-financée par rapport aux autres modes, alors qu’elle représente le premier moyen de se déplacer à Bruxelles), l’accord reste très vague sur ce que signifie le PPI tunnels. En outre, l’annonce visant à fluidifier le trafic reste floue. Or, les études montrent que l’ajout de bandes de circulation ou de places de parking n’a jamais résolu les problèmes de congestion. La question est donc de savoir quelles mesures concrètes seront mises en œuvre pour atteindre cet objectif.
6. Conteneurs souterrains pour les déchets : impacts limités ?
L’installation de conteneurs souterrains est prévue, même si elle reste limitée à quelques projets. Il est positif de reconnaître que ces conteneurs, bien qu’ils ne résolvent pas à eux seuls la question de la gestion des déchets et des dépôts clandestins, permettront déjà une meilleure organisation et un dégagement des trottoirs lors du ramassage des poubelles. La question cruciale reste celle de leur localisation : seront-ils implantés en dehors des trottoirs, afin de ne pas réduire encore l’espace déjà restreint dédié aux piéton·ne·s ? Dans une ville où cet espace est déjà très limité, il s’agit d’un enjeu majeur. On ne peut que regretter, par ailleurs, le manque de moyens alloués à cette infrastructure, pourtant essentielle pour améliorer le cadre de vie urbain.
7. Manque d’ambition et d’objectifs chiffrés
La déclaration manque cruellement d’objectifs chiffrés et de priorités claires pour les nombreux projets actuellement à l’arrêt. Pourtant, la marche représente la première forme de mobilité à Bruxelles, et ses bénéfices (santé, environnement, cohésion sociale) dépassent largement ses coûts. À titre d’exemple, la rénovation des trottoirs coûte 10 millions d’euros par an, un investissement modeste au regard des enjeux. Walk.Brussels continuera à plaider pour une politique de mobilité et d’espace public plus ambitieuse, à la hauteur des besoins des Bruxellois·es.
8. Cure d’austérité pour la société civile
Le gouvernement annonce une cure d’austérité pour la société civile, alors que celle-ci a justement permis à Bruxelles de continuer à fonctionner pendant les 613 jours de négociations. Les bénéfices sociétaux et démocratiques qu’elle apporte à la région sont incomparablement plus importants que les coûts qu’elle représente. À une époque où la démocratie est fragilisée, nos gouvernants devraient mesurer avec plus de soin les conséquences de leurs décisions.
Conclusion
Si certaines mesures vont dans le bon sens, leur mise en œuvre et leur ambition restent à préciser. Walk.Brussels restera vigilant pour que les promesses se concrétisent en actions tangibles, et pour que la place des piéton·ne·s soit enfin reconnue à sa juste valeur dans l’aménagement de la ville.


