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Compte rendu du Forum Piéton 22/06/2022

Comment garantir une place cohérente et optimale dans l’espace public pour les piétons ?



Premier Forum Piéton pour la plateforme walk, l’après-midi du 22 juin a permis de mettre en réseau savoirs et ressources pour aborder la question de l’espace public au travers d’une lecture piétonne. Un rendez-vous pour découvrir, questionner et alimenter les pratiques d’une politique piétonne proposant une place cohérente et optimale dans l’espace public pour les piétons et la pratique de la marche.


Emilie Herssens, coordinatrice de la plateforme walk, introduit le forum en rappelant que la marche représente le premier moyen de déplacement des bruxellois (37% de part modale) et que la région compte plus de 800 km de voies lentes, libre de circulation motorisée. Cependant, l’ensemble du réseau piéton actuel manque de continuité, l’aménagement de la ville ne garantit pas toujours le droit de marcher et il manque encore d’espaces de séjours. C’est pourquoi, walk a invité des acteurs et actrices de la mobilité pour se pencher sur des solutions et des pratiques pour une ville à taille humaine et adaptée aux piétons.





Session 1 : Quel partage de l’espace public pour limiter les conflits d’usage entre piétons et cyclistes ?

Florine Cuignet – Gracq, Frédérique Laumont – Atingo, Olivier Van Damme – Centre de Recherches Routières (CRR)


Un constat est clair : on ne sait pas tout mettre entre deux façades et ceux qui font les frais du manque d’espace aujourd’hui sont les piétons et les cyclistes. Les lieux où les deux modes doivent cohabiter sont nombreux et pas toujours bien conçus, donnant lieu à des conflits.


A Bruxelles, les prescriptions réglementaires issues de Good Move donnent un cadre :

  1. « Les espaces publics sont conçus de manière à limiter les conflits d'usage. »

  2. « Lorsque l’on parle de la qualité des réseaux de mobilité : il est prévu que si plusieurs réseaux structurants sont de catégorie « Plus » (ici vélo et piétons) les travaux relatifs à cette voirie contribueront à séparer chacun des modes dans l'espace public afin de leur assurer les meilleures performances possibles. »

  3. « L’accessibilité universelle de l’espace public doit être garantie ainsi qu’une réelle qualité d’usage pour tous les aménagements piétons. »

La marche et le vélo sont souvent rassemblés autour d’un même dénominateur commun : les « modes actifs

». Or, les présentations ont montré que les piétons et les cyclistes ont des besoins spécifiques et des différences notables qui ne s’adaptent pas toujours à des aménagements mixtes ou, côte à côte, à niveau du trottoir.


Alors que le cycliste est souvent présenté comme étant la prolongation du piéton, le différentiel de vitesse entre les deux modes de déplacement est important. Parfois, il peut s’agir d’un enjeu de lisibilité : les aménagements sont en contradiction avec les panneaux ou non intuitif. Les largeurs des pistes cyclables et des trottoirs génèrent des empiètements sur l’espace de l’autre et c’est de nature à créer des conflits. Au niveau du revêtement, là où de nouveaux aménagements sont réalisés, le cycliste bénéficie souvent d’une qualité d’usage optimale par rapport au piéton. Ce dernier est donc naturellement attiré par un revêtement plus confortable, moins glissant, sans obstacle, ou encore, plus plane (correspondant à une qualité d’usage pour la marche) et pourrait donc se positionner sur la piste cyclable.


Cette différence de qualité est encore accentuée lorsque l’on est à mobilité réduite et que l’on se déplace avec sa poussette, son enfant à trottinette, son caddy, son rollator, sa canne. Les piétons peuvent aussi avoir des roues (encore plus petites que celles des vélos), la qualité du revêtement est, par conséquent, encore plus importante et l’accessibilité devient une question de centimètres. L’enjeu touche chacun de nous car à un moment donné dans notre vie, nous sommes toutes et tous à mobilité réduite.


Tant le Gracq qu’Atingo font la promotion de pistes cyclables clairement séparées du trottoir et présentent différents types de séparateurs. La cohérence et la continuité du cheminement est également importante et, comme alternative proposée, il ne faut pas hésiter à prendre la place de la voiture.


Pour alimenter le cas spécifique de cohabitation dans un contexte d’espace très restreint, Olivier Van Damme du CRR présente différentes mises en œuvre pour réduire ces conflits. Il souligne, notamment, que la différence de revêtement n’est pas suffisante pour les personnes déficientes visuelles. Des protubérances sur les revêtements sont donc intéressantes mais d’autres éléments sont à prendre en compte dans le choix du matériau : le contraste, l’intégration des eaux, la résistance dans le temps et l’adhérence.


La discussion a permis de soulever plusieurs outils pour faciliter le choix : les marches exploratoires communes piétons-cyclistes, l’usage du panneau F99 (qui laisse le choix aux usagers de circuler soit en voirie soit sur l’aménagement cyclo-piéton), la prise en compte des réseaux structurant de Plan Good Move, le comptage des flux et l’analyse de la raison des déplacements (utilitaire, loisir) des piétons et des cyclistes ainsi que les vademecums piétons et cyclistes (disponible sur le site web de Bruxelles-Mobilité).


La session se conclut sur le fait que l’évitement des conflits est également une question de mentalités. Là, des leviers existent tant au niveau de prescriptions de comportements (code de la route) qu’au niveau de la sensibilisation des usagers. Les aménagements sont nécessaires mais ne font pas tout.




Session 2 : la magistrale piétonne

Comment ancrer une dynamique piétonne pour relier des pôles stratégiques urbains à pied ? L'exemple de la magistrale du Quartier Nord

Pierre-Jean Bertrand, président de walk


Quand on pose la question à la ville de Strasbourg afin de savoir ce qui a fonctionné dans leur plan piéton 2011-2020, la réponse est sans équivoque : la magistrale.


Innovation piétonne, elles arrivent à Bruxelles et seront au nombre de 7, chacune unique et différente. Pierre-Jean Bertrand a été coordinateur de politique piétonne et d'accessibilité dans le passé, pendant plus de 10 ans, et a suivi la naissance de la stratégie des magistrales. Au travers de sa présentation, il raconte ce à quoi cela doit ressembler pour offrir aux piétons une haute qualité de services.


Si elles sont réalisées à Bruxelles, elles permettront de connecter le centre-ville aux autres pôles et inversement. La première pourrait être celle du quartier nord, qui relie le site de Tour & Taxis au piétonnier.

Une magistrale, c’est une réalisation dans sa longueur : il ne s’agit pas de connecter quelques tronçons ensemble. Elle donne envie de marcher plus loin, elle offre à voir l’itinéraire par elle-même et relie des univers différents aux programmations distinctes.


La biodiversité des usages se retrouve sur le parcours. La magistrale est tant un espace de séjour, qu’une destination : un endroit pour travailler (de nombreux bureaux notamment dans le quartier nord), un endroit pour relier des pôles sociaux ou d’intérêts (proximité de la gare), pour se divertir (Tour & Taxis et les Halles Saint Géry) et enfin un endroit pour faire du sport. On peut bien entendu y ajouter de nombreux usages, la seule limite étant l’imagination.


L’aménagement ici va bien plus loin que le simple « rail » pour piétons : il s’agit d’offrir une promesse magique, une destination en soi. Dernier élément, la magistrale doit respecter la « théorie du blabla » : chacun doit pouvoir cheminer tout le long, en parlant à quelqu’un, sans être dans l’hypervigilance car cette dernière détruit l’expérience urbaine et la déconnection.


Aujourd’hui, afin d’arriver à la réalisation d’un tel projet, il semble manquer une coordination qui rassemble et implique tous les acteurs et projets du quartier.



Session 3 : L’urbanisme au cœur d’une ville marchable – les clés pour développer ses aménagements.

Marion Alecian – ARAU, Tim Cassiers – Bral, Mathieu Angelo – Cawab.


La troisième session du Forum Piéton se consacre à la réforme du RRU, le règlement régional d’urbanisme qui était en discussion au sein du gouvernement bruxellois durant le mois de juin. Cet outil indispensable pour l’aménagement de notre capitale va connaître des changements majeurs. L’objectif du panel : mettre en avant les points d’attentions pour rendre une ville marchable et mettre le doigt sur les points qui doivent figurer dans le futur RRU.


La réflexion de Marion Alecian porte d’abord sur les tendances actuelles de l’aménagement de l’espace public. Elle constate notamment que le principe STOP n’est que rarement appliqué dans de nouveaux réaménagement. On le voit notamment dans la tendance à la généralisation des aménagements de plain-pied qui créent de nombreux problèmes : potelets, voitures stationnées qui empiètent sur la zone piétonne, etc. La hiérarchisation des voiries soulèvent certains risques : notamment celui de limiter l’espace public par mode et peut générer des endroits où les piétons ne sont plus les bienvenus. Dans le cadre de la réforme du RRU, l’ARAU préconise de mieux étudier les trottoirs et n’hésite pas à citer Jane Jacobs (1916-2006), journaliste, militante, spécialiste en urbanisme et grande observatrice de la ville contemporaine dans son ouvrage “The Death and Life of Great American Cities” qui détaille les trottoirs. Le rapport d’experts de Good Living ne mentionne plus le trottoir. Il importe d’identifier le trottoir et de le nommer. L’ARAU craint également une simplification du règlement qui est, selon elle, risquée. Enfin, la réflexion se termine par les arrêtés de minimes importances qui ouvrent la porte à de nombreuses exceptions et qui pourraient échapper au contrôle démocratique.



Tim Cassiers, du Bral, utilise l’exemple du récent événement Picnic the bridge. Alors qu’il y a dix ans, lors de Picnic the streets, la revendication était simple, créer un espace piéton, aujourd’hui, la revendication à la Porte de Flandre, pour Picnic the bridge, porte sur un meilleur arbitrage de l’espace public. Cet endroit fait, en effet, passer une future magistrale piétonne, un réseau auto confort ainsi qu’une ligne de tram sur le même espace. Se pose donc la question de qui a la priorité sur l’autre ? De comment on utilise cet espace public ? La cohabitation des réseaux de Good Move devrait figurer dans le futur RRU par exemple. Le principe STOP devrait être décliné en prescriptions réglementaires. L’avis des experts de Good Living précisent d’ailleurs la nécessité de diminuer de 50 % les aménagements routiers : est-ce que cela offre assez de place à de nouveaux aménagements publics ? Beaucoup de changements en faveur d’une ville à taille humaine peuvent découler de règles : d’où l’importance qu’elles soient précises au-delà de concepts. Cela étant dit, le BRAL pousse avant tout à la cocréation de la ville, à alimenter le débat public en continu et à mettre l’humain au centre de l’espace public. Il faut donner un rôle aux citoyens et inscrire ce rôle dans des lois afin de pouvoir créer la ville de manière différente.


Enfin, Mathieu Angelo du Cawab, porte l’attention du public sur le fait qu’à un moment donné de sa vie, tout le monde est à mobilité réduite. Créer un aménagement accessible, c’est donc également penser à soi. A côté des infrastructures, il faut placer une série d’équipements, comme des feux sonores, pour garantir cette accessibilité universelle. Un autre point d’attention concerne la réception des chantiers et l’entretien des voiries. Dans le cadre de la réforme, le Cawab souhaite notamment mettre en avant un cheminement continu afin d’éviter les déplacements en zigzag, un abaissement des traversées à 0 cm ainsi qu’une bonne réglementation des drop zones pour les engins de la micro mobilité afin de ne pas être à proximité immédiate du cheminement piéton. Il souhaite également voir l’accessibilité obligatoire dans les cahiers des charges de chaque projet.



Mot de fin


Kristof De Mesmaeker, directeur planification chez Bruxelles-Mobilité, est invité à partager ses takes aways de la journée. Il crée des ponts entre la vision Good Move et les enjeux en matière de politique piétonne pour faire échos à la première partie de la journée portant sur l’état d’avancement du plan.


De grands changements s’opèrent en matière de marchabilité de la ville. Bien qu’il reste encore énormément de travail, le plan Good Move est clairement un pas dans la bonne direction. Le piéton se retrouve notamment dans les 6 axes du plan (Good Neighbourhood, Good Network, Good Service, Good Choice, Good Partner et Good Knowledge).


Les actions à mettre en œuvre sont nombreuses, que ce soit les magistrales, les actions de sensibilisation dans son rapport à l’espace public, l’évaluation du plain-pied ou les mesures d’accessibilité.


En matière de politique piétonne, il y a des choses qui avancent, des choses à renforcer et certaines à lancer, mais la motivation y est pour implémenter le principe STOP.


Pierre-Jean Bertrand, président de walk, conclu le Forum. La mobilité se développe grâce à une coproduction avec toute une série d’acteurs. Les changements de mobilité ne se réalisent pas seuls. Une part passe, entre autres, par l’arrangement de législations, la révision d’ordonnances, ... Une autre part concerne le défi culturel : l’appropriation de nouvelles tendances, les échanges d’expériences et la préparation des nouvelles générations. Pierre-Jean Bertrand compare ce phénomène à une grande plaque tectonique qui pousse les citoyens vers une nouvelle mobilité dont la marche en constitue le cœur. Au travers des débats, un constat ressort : tout le monde n’est pas encore dans le mouvement. Le plus grand défi sera de les mettre dans le mouvement au-delà des mesures qui sont à prévoir.


On peut ressortir de ce Forum avec deux choses en tête

● chaque citoyen doit penser au gestionnaire : la difficulté du gestionnaire qui doit essayer de réaliser concrètement des idées et changer le réseau, les sens de circulation et les habitudes.

● chaque gestionnaire doit penser au citoyen : la difficulté des citoyens qui ne se sentent pas entendu,


Comme mot de clôture, il invite chacun à cultiver cette nouvelle mobilité et dédier du temps à faire comprendre le changement dans les habitudes des Bruxellois.



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